4. Sieur Schwanauer et le départ des chevaux pour l’Autriche (XVIIIème siècle)

Sieur Schwanauer et le départ des chevaux pour l’Autriche (XVIIIème siècle)

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Nous sommes en 1720. Le sieur François-Antoine Schwanauer, nommé maître du Haras de Sarralbe par Léopold Ier, duc de Lorraine et de Bar, mérite bien que l’on s’arrête un peu sur son histoire.

Passionné de chevaux et tenant l’important domaine sarralbigeois d’une main de fer pendant plus de 15 ans, évoquons ici la succession de certains épisodes parcourus par cet homme clé du domaine, comme un fil conducteur associé à la destinée des chevaux du Haras de Sarralbe, élevage n’ayant finalement eu de place sur le site que pendant une courte période, soit de 1700 à 1736.

Nous sommes sous le règne de Louis XV.

(Dessin source famille Loth)

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Un personnage clé du Haras de Sarralbe justifié par un règlement établi depuis Lunéville par François III

En 1730, François III, duc de Lorraine et de Bar, héritier de Léopold Ier et d’Élisabeth Charlotte d’Orléans, établit un règlement depuis Lunéville qu’il fait parvenir au sieur Schwanauer. Mentionnons que ce dernier était auparavant maître du Haras chez l’oncle de François III, Archevêque de Trèves, décédé en 1715.

Il faut préciser que le sieur Schwanauer, aussi appelé le régisseur, même s’il assure une présence constante et constructive sur le site, a de gros problèmes avec les habitants de Sarralbe et des environs vis-à-vis desquels le domaine du Haras est en concurrence permanente, ce qui engendre des tensions, voire des procès et des arrêts.

(La Moisson de Pieter Brueghel l’Ancien (vers 1525-1569) –
peinture datée de 1565

source Wikipédia)

Le règlement de François III, représentant Son Altesse Royale, indique tout d’abord que sieur Wolff Stéphan, un des Maîtres d’Hôtel (terme du XVIIIème siècle), soit chargé de l’inspection générale de tout ce qui peut se rapporter à l’économie du Haras. Comme cette charge ne lui permet pas de faire sa demeure ordinaire au Haras, il y fera de temps à autre des voyages dès que les intérêts de Son Altesse Royale le demandent.

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Sieur Schwanauer : une autorité absolue

Le sieur Schwanauer est confirmé dans ses fonctions pour la conservation, l’augmentation, l’amélioration et l’embellissement du Haras. Il acquiert une autorité complète et totale sur l’ensemble du personnel. En cas de manque de respect ou autre faute commise dans le service, il est investi de l’autorité d’imposer des amendes applicables aux pauvres, et même de les punir de prison ou de les faire sortir de la livrée sans qu’il soit nécessaire pour cela qu’il s’adresse à la Cour. Il est exempté du maniement des affaires contentieuses de justice et de l’économie du Haras. Le duc de Lorraine et de Bar a en effet nommé un juge pour les unes et un administrateur pour les autres. Ce juge doit en particulier sanctionner toutes les infractions commises dans les pâtures et peut infliger des amendes supérieures au double de celles portées dans les coutumes et les lois, payables immédiatement, même en cas d’appel, au Conseil de Son Altesse Royale.

En cas d’absence ou d’empêchement du directeur, il est nommé un sous-maître du Haras. Comme il est difficile de trouver quelqu’un de qualifié, cette fonction est attribuée à l’écrivain du Haras, le sieur Despoulles. Ce dernier a pour gages trois cents livres ainsi que la table avec le Directeur.

Ce règlement pourvoit également à un maître palefrenier qui perçoit 400 livres de gages et 200 livres pour la nourriture, ainsi qu’un sous-Maître palefrenier, avec 100 livres de gages et la nourriture. Il en est de même pour un maréchal-ferrant attaché d’office au Haras. Sur le site, il y a en tout huit palefreniers pour les juments et les poulains, quatre pour les étalons et huit pour les jeunes chevaux à l’attache, soit 20 au total. Il y a également en permanence un garde au Haras habilité à dresser le rapport de diverses infractions, ainsi qu’un aumônier pour le service de Dieu et la régularité de la maison. L’aumônier partage la table avec le sieur Schwanauer que ce dernier a également pouvoir de remplacer.

(Dessin domaine du Haras de Sarralbe – 1957 –
source famille Loth)

Le sieur Jean-François Maisonselle est établi par patente, receveur du Haras. Ses appointements sont de 500 livres, outre le chauffage et le logement, y compris le jardin à la manufacture de tabac à Sarralbe. Maisonselle est chargé des recettes et des dépenses du Haras sous le contrôle de l’administrateur Wolff. Il est chargé des greniers, de l’entretien des bâtiments, du paiement des gages des domestiques, des défricheurs des bois enclavés dans les pâtures, des frais de clôture de ces dernières, des frais de fenaison, de l’achat d’avoine et de paille, etc. Il y a également un jardinier qui est chargé de l’entretien des jardins pour l’ornement du Haras.

En bref, le personnel réglementaire est donc de plus de 34 personnes, sans compter les domestiques et les gens soumis aux corvées, surtout pour les travaux de récolte et de fenaison.

Ceux du Haras habitant Sarralbe, Rech, Eich et Willerwald sont exemptés de corvées et de toutes les charges publiques.

Dans ce règlement, François III prévoit aussi qu’au cours de l’année 1731, soient construites des écuries à Willerwald. Il demande aussi que les buffles, rares dans le pays, soient gardés, afin de dresser les jeunes à travailler dans les champs. Il demande aussi que l’on élève des mulets. Les pierres de sel pour les chevaux et le sel pour le ménage du Haras sont livrés par les salines de Dieuze. Notons que le Haras connaît une forte disette en 1731, en raison d’une grande sécheresse et d’une invasion de chenilles.

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Entre demandes ducales et débordements…

Ce règlement est mis à jour par un règlement complémentaire pris par le duc François III deux ans plus tard, soit en 1732 à Presbourg, actuelle Bratislava, capitale de Slovaquie, où François III a établi sa résidence. Preuve qu’il n’oublie pas son Haras de Sarralbe.

Le nouveau règlement est composé d’une vingtaine d’articles. On y apprend que le sieur Wolff, administrateur, demande la permission de démissionner. Schwanauer, directeur, devient donc l’autorité absolue à compter de 1733. On y apprend aussi qu’il lui est accordé 1500 livres par an, pour recevoir à sa table, les gens dignes d’égards et d’attentions, le choix de ces personnes étant bien entendu laissé à sa discrétion. Le sieur Schwanauer se voit également accorder un budget pour des dépenses extraordinaires qu’il peut directement puiser dans les comptes annuels. L’aumônier et l’écrivain doivent manger à sa table. Il a une chasse personnelle, des étangs, un jardin privé, et perçoit une dotation spéciale pour huit gros chiens qui montent la garde.

Par contre, le Receveur Maisonselle se doit de présenter tous les ans ses comptes au Conseil des Finances, après les avoir soumis au Directeur et au Juge du Haras. Il doit également fournir une caution personnelle ainsi qu’une hypothèque sur sa maison sarregueminoise.

François III décide encore de réformer le jardin de houblon, de plantations de blé de Turquie et de lin, afin d’en faire des pâtures pour le Haras. Il décide aussi que la vigne de Bouquenom (Sarre-Union) reste à bail. Il permet le ramassage des fruits sauvages du domaine par celui qui en paye le plus. Les fruits des arbres greffés sont quant à eux revendus par le Haras directement, ou s’ils sont d’une qualité exceptionnelle, envoyés à la Cour. Il fait même chercher loin des animaux. C’est ainsi qu’un marchand de bestiaux, Pierre Zacarin, est envoyé à Rome pour acheter deux ânes pour le compte du Haras. En 1734 il écrit d’un cabaret de Milan pour dire qu’il n’a plus d’argent, et qu’il est urgent que Son Altesse Royale avise son banquier…

Enfin, le duc met à disposition du directeur des meubles de table, afin que le Haras soit à même d’accueillir des invités dans des conditions optimales.

Dans une lettre de Presbourg de 1732, le Baron de Pfutscher, Conseiller d’État du duc, précise encore que le Conte de Richecourt est nommé Commissaire Supérieur du Haras et qu’il est nécessaire d’installer deux archers à Sarralbe afin de protéger, voire défendre, les activités du site. Leur présence devient nécessaire, car Schwanauer rencontre des difficultés lors de la période des foins à la Honau.

Il y a des mutineries et des querelles constantes, avec parfois plus de 500 personnes de corvée.

À partir de 1734, François-Antoine Schwanauer se plaint régulièrement de la dégradation des conditions de travail, des maladies qui affectent les chevaux, en raison de l’humidité et de la mauvaise herbe, ainsi que des nombreux procès.

(Courrier « Remarques sur les inconvénients et accidents –
extrait revue n° 30 – 1999 – « Les Amis du Pays d’Albe »)

En 1735, Son Altesse Royale, demande par courrier à son Maître du Haras, de venir chercher des étalons à Presbourg. Ce dernier répond qu’il va venir le plus vite possible. Mais en 1736, le sieur de Richecourt informe officiellement Schwanauer qu’il lui appartient de se préparer rapidement pour effectuer son voyage vers Vienne.

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Le traité de Vienne et un départ imminent des chevaux

En effet et comme prévu, le traité de Vienne de 1738 et ses articles préliminaires sont suivis d’une convention franco-autrichienne relative aux modalités de la cession de la Lorraine, acceptée par François III. C’est là que Stanislas Leszczynski reçoit les deux duchés de Lorraine et de Bar à titre viager.

Voilà que notre sieur Schwanauer, directeur du domaine du Haras, se doit de plier bagages dès 1736, un ordre de mission officiel lui étant parvenu de Vienne par estafette. Il lui est demandé de vendre une partie des chevaux afin de couvrir les frais de voyage. Le tout se passe dans un certain désordre, ce qui ne lui plaît pas. Il ne sait pas quoi faire des buffles, des réserves de foin, des grains, des meubles ni des muletaux… et encore moins d’un mirebalais de 27 ans qui lui reste sur les bras !

Rappelons qu’un mirebalais, au 18ème siècle, est un domestique particulier, spécialement choisi pour sa bonne figure et sa discrétion.

Ce qui l’embête également est un chapelain qu’il a honte d’abandonner car c’est un homme d’honneur et de piété qui mérite bien que Son Altesse Royale lui confère un bénéfice. Il faut également savoir qui va s’occuper du domaine et des domestiques après son départ…

Il part finalement avec un convoi qui se compose de 4 étalons, 49 roussins, 81 juments, 47 pouliches, 8 muletaux… et le mirebalais. Le convoi est organisé en trois parties, Schwanauer en avant-garde. Le chapelain fait partie du convoi. Il emmène également 5 ou 6 mulets restés à Lunéville et les domestiques nécessaires. Le financier du Duché, le sieur Poirot, est chargé de lui donner autant d’argent qu’il veut.

Le lieu de destination est fixé dans la ville autrichienne de Holz, située entre Vienne et Bratislava en Slovaquie. L’Autriche ayant toujours vénéré le cheval, par sa célèbre école espagnole d’équitation fondée en 1572… Nous sommes aujourd’hui en mesure de nous demander si cette vénérable institution ne possède pas encore quelques spécimens avec un peu de sang de nos chevaux du Haras de Sarralbe.

(Courbette par Ludwig Koch – 1866-1934
hôte de l’École Espagnole d’Équitation – EEE –
de Vienne – source Wikipédia)

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Parenthèse sur le moulin de Sarralbe


Nous sommes en 1729. Étienne Wolf, ancien inspecteur devenu l’administrateur du Haras, et certainement le successeur de François Antoine Schwanauer, premier régisseur du domaine, afferme le moulin de Sarralbe avec celui de la Hinzmühle et leurs dépendances à Jean-Pierre Binger, qui l’exploite déjà avant cette date. Sa veuve, Catherine Dorkel, renouvelle pour elle et ses quatre enfants mineurs le bail, pour 20 ans, soit de 1736 à 1755 aux conditions suivantes :A« Payer annuellement la recette du Haras de Son Altesse Royale au duc de Lorraine par quartier et d’avance la somme de 2650 livres au cours de Lorraine, de moudre gratis tous les grains pour la brasserie du Haras, et de façonner gratis toutes les huiles pour la consommation du même haras, de fournir le verrat, le porc pour la part de Son Altesse Royale, de même que le taureau aux troupeaux de Sarralbe, etc.» (archives municipales de Sarralbe). Ce document confirme le litige qui existera plus tard entre l’administration du Haras et la ville de Sarralbe. Les détails confirment aussi la diversité des productions du domaine ducal : les salines, la meunerie des céréales, les huileries et la brasserie, sans oublier les productions agricoles et l’élevage des chevaux et des bovins. Cette pièce révèle également le nom d’un administrateur du Haras, Étienne Wolf. « Stephan » Wolf remplit déjà à cette époque le rôle d’inspecteur des Haras. Les descendants des époux Binger-Dorkel continuent de faire tourner les roues du moulin jusqu’en 1793, et contribuent ainsi à la prospérité du Haras.

(Image principale de l’article > Détail fond écran –
source wall.alphacoders.com)

  • Sources :
  • Archives famille Loth
  • « Le Haras de Sarralbe au XVIIIe siècle et l’histoire des salines » (Eugène Heiser)
  • Revue n° 30 (1999) de la société d’histoire « Les Amis du Pays d’Albe »
  • Wikipédia

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